La société de consommation dans laquelle nous
vivons nous renvoie des images de désirs
préfabriqués, des images de luxe, de
beauté, d’élégance. Les
médias se posent en tant que
référentiel de mode, en tant
qu’indicateurs de ce que devrait être notre vie,
nous "
indiquer" l'art et la manière qui
conviennent pour être heureux, la publicité nous
rappelle sans cesse quels sont les produits qui nous manquent afin que
nous soyons heureux car telle serait la norme pour être des
gens heureux. Machines à laver dernier cri, voiture dernier
modèle, destinations exotiques et tendance, dernier portable
à la mode : si vous ne les avez pas ou si vous ne les avez
pas fait, non vous n’êtes pas heureux !
Genèse de nos désirs et
de nos insatisfactions
Et la société (de consommation) est ainsi faite :
nous sommes abrutis par ces images de réussite
éclatante, ces artistes qui cartonnent, ces starlettes ou
ces bimbos de la mode que tout le monde s’arrache et envie,
nous sommes plongés dans un monde où
règne en maître show-business, rêve et
envie «
de réussir
», avoir une maison superbe, un mari épatant, de
nouvelles fringues ou de la
lingerie
sexy hype et tendance, la mode nous impose les
nouveaux produits à se procurer à tout prix, nous
impose la silhouette de rêve, le poids idéal. Et
l’été qui approche n’arrange
bien sûr pas les choses.
Les journaux, médias et publicitaires savent bien jouer sur
nos envies et notre culpabilité : la norme dit
qu’il faut avoir un corps de rêve, jeune, beau et
musclé : comment faire pour se
débarrasser
de ces kilos superflus, de ce ventre trop arrondi, comment
remédier à cette poitrine insuffisante ou au
contraire complètement envahissante ? Cette frustration fait
les beaux jours de la
chirurgie
esthétique. Il paraît que le bonheur
n’a pas de prix, donc si une somme, même
très importante peut apporter le bonheur, pourquoi
hésiter ? Si notre insatisfaction d’avoir des
seins trop petits ou un nez un peu tordu peut-être
résolu, pourquoi se priver ? Et les insatisfaction sont
nombreuses, heureusement que les
régimes,
les vitamines, les
massages,
la thalassothérapie ainsi que la chirurgie plastique peuvent
venir à notre rescousse, ouf !
Malheureusement, nous ne serons jamais satisfait de ce que nous sommes
maintenant, de ce que nous avons maintenant.. et de ce que nous
n’avons pas. Pour nous rassurer, nous nous disons que le
meilleur est à venir, que le bonheur viendra
bientôt, un peu plus tard, il faut être patient.
Ainsi l’enfant écolier attendra avec impatience le
moment où il sera lycéen et étudiant,
l’étudiant sera pressé d’en
finir avec ses études et intégrer le monde
professionnel, gagner de l’argent afin d’assouvir
ses besoins et "
améliorer son niveau de vie",
posséder encore plus et toujours plus. Travailler,
travailler encore plus afin de pouvoir satisfaire ces besoins .. et au
bout de quelques années, attendre avec impatience la
retraite afin de se reposer. Arrivé à ce stade
là, prendre (ou obligé de prendre) enfin son
temps … et regretter, penser avec nostalgie à sa
vie, au fait qu’il n’ait pas pris le temps de
vivre.
Toujours plus loin, plus vite et plus fort
«
Nous vivons dans un monde impitoyable ou
être le plus fort, le plus débrouillard, le plus
malin, le plus intelligent, le plus rapide mais aussi le plus
résistant est devenu une condition nécessaire,
sinon suffisante, pour réussir ou plus simplement pour tenir
» peut-on lire dans «
300
médicaments pour se surpasser intellectuellement et
physiquement ». Oui mais à quel prix ?
Le succès de ce livre, 100 000 exemplaires en un mois et
l’augmentation dans le même temps de 30% de la
consommation des anxiolytiques en dix ans démontre bien ce
besoin d’échapper à ces limites que
notre corps veut nous imposer : vive ces petites pilules magiques qui
sont sensées nous rendre gais quand nous sommes tristes ou
de nous faire nous sentir en pleine forme quand nous sommes
fatigués ! Stress et fatigue ? Connais pas !
Quoiqu’il arrive, il faut montrer «
bonne
figure » en toutes circonstance, montrer aux autres
que nous avons toutes les apparences du «
bien
être ». Quoiqu’il advienne, il
faut courir, avancer, bouger, ne jamais s’arrêter !
Et tant pis pour ce maudit corps si celui-ci n’arrive pas
à suivre et qu'il commence d'ailleurs à protester
: sciatique, tendinite, blocages, insomnies, douleurs de dos,
brûlures d’estomac, maux de tête,
dépressions,
spasmes vésiculaires ou coliques… Tant pis car,
«
désolé, j’ai pas
le temps, on m'attend, faut que que je bouge ».
Apprendre le vrai désir .. et le bonheur
Et pourtant nous n’avons qu’une vie
n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas essayer d’accorder
cette précieuse vie, autant que possible, au vrai rythme qui
est le notre ? Pourquoi ne pas être à
l’écoute de nos désirs et respecter les
limites qu’avec l’expérience nous avons
appris à connaître ? D’autant que
l’hyperactivité n’est pas incompatible
avec une certaine quiétude. Au contraire, dans le calme, il
est possible d’affronter chaque situation avec la
concentration et l’efficacité
nécessaire, de prendre les décisions les unes
à la suite des autres, la tête reposée
et l’esprit clair. Dans ces conditions, les
décisions s’imposent
d’elles-mêmes, tant la distance
qu’apporte la tranquillité laisse la place au
sentiment d’évidence.
Si nous ne sommes pas tout entiers là où nous
sommes, dispersés dans des mouvements de fuites incessants,
inauthentiques dans nos sentiments comme dans nos actes, nous finissons
par nous perdre de vue au point de ne plus savoir qui nous sommes, ni
pourquoi nous y sommes. Et que ce soit dans une vision
exagérément dramatique de notre vie ou au
contraire dans un élan euphorique, ces voyages hors de nous
même présentent le danger de nous faire perdre le
sens de la réalité, et de nous
entraîner si loin de nous que nous ne savons plus comment
nous y retrouver ! "
Qui suis-je ? où
vais-je ? et dans quel état j'erre ?"
D’autre part, toujours a la recherche de plaisirs
créés artificiellement, nous nous mettons
infailliblement dans un état de manque, en
l’absence de cet élément
extérieur dont nous sommes devenus dépendants,
drogue, alcool, passions … deviennent notre lot quotidien ou
parce-qu’il ne procure plus les mêmes effets, nous
sommes dépossédés de
nous-même, envahis par une impression permanente et
douloureuse de vide et d’insatisfaction.
Nous avions l’illusion d’avoir atteint la
perfection ; tout ce qui est en deçà,
désormais, ne peut que nous décevoir. Et
il faut alors trouver toujours autre chose pour donner du relief
à notre vie, lutter par tous les moyens contre une
pénible sensation de manque, de vide,
d'inutilité. Et pourtant, à cette attitude
boulimique qui consiste, sitôt avalé, à
désirer que le repas se poursuive, ou sitôt
fumée, la prise d’une autre cigarette,
n’est-il pas préférable
d’opposer
une dégustation de chaque
bouchée pour atteindre finalement un sentiment de
satiété ? A quoi sert de
répéter inlassablement quelque acte que ce soit,
s’il ne doit jamais être
apprécié dans ce qu’il offre
à chaque instant ? Si la recherche du plaisir se rapproche
d’un besoin boulimique, ce plaisir est
déjà périmé dès
lors qu’il est obtenu.
Il faut être à
l’écoute de nos désirs pour nous offrir
au quotidien le plus de satisfactions possible. Nous pouvons ainsi
apprécier dans l’immédiat chaque acte
pour ce qu’il est, être totalement
présents et attentifs, ici et maintenant, à
chaque moment de notre vie : seul le désir adapté
à chaque instant donne la
légèreté à nos pas et de la
force à nos décisions.
Conclusion : le vrai bonheur se trouve ...
Nous devons être très vigilants pour ne pas
toujours penser que le bonheur est «
ailleurs
», pour ne pas le rechercher dans quelque drogue (travail,
amour, alcool, drogues) que ce soit, pour ne pas confondre
l’image et la sensation . Ce qui représente pour
nous une image de bonheur, nous sommes parfois incapable de la vivre
avec la sensation du bonheur : un lieu de rêve, une situation
depuis longtemps attendue, une réussite
inespérée devraient nous rendre heureux, mais au
contraire, notre corps ressent gêne, malaise, insatisfaction
oppression ou même angoisse.
Nous pouvons au
contraire trouver dans ce qui peut apparaître objectivement
banal, ce qui ne correspond à aucune image
prédéterminée du bonheur, la
jouissance pure d’un bien-être corporel.
Et ces instants de bonheur nous apprennent l’existence de
joies simples qu’il nous appartient de laisser
s’exprimer dans des circonstances qui n’ont rien
d’exceptionnel. «
J’étais heureux de me promener comme si
j’étais amoureux ; le même sentiment
d’exaltation. Mais au moins ce sentiment ne
dépendait que de moi ».
Vécus dans la plénitude pour ce qu’ils
sont, ces instants peuvent désormais avoir une fin, puisque
rien ne s’oppose à leur réapparition
prochaine. Il ne devient plus insupportable de les perdre si nous
sommes convaincus qu’ils ne nous échapperont pas
à l’avenir, s’opposant ainsi
à cette attitude boulimique que nous avions qui
répondait à la peur de ne pas avoir, ou
à celle de ne plus avoir. Au contraire, nous sommes
sûrs de pouvoir revivre ces moments et chacun
pourra s’offrir ces moments d’exaltation
où participe chaque cellule de son corps. Cet
éveil, cette «
présence
à soi-même », cette
intensité dans les
plaisirs les plus simples
doivent pour
son bonheur quotidien être
recherchés,
créés et recréés au fil des
jours.