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Apprécier l’instant présent

Dossier posté le 18/09/2007 19:01 par Le Psy


La société de consommation dans laquelle nous vivons nous renvoie des images de désirs préfabriqués, des images de luxe, de beauté, d’élégance. Les médias se posent en tant que référentiel de mode, en tant qu’indicateurs de ce que devrait être notre vie, nous "indiquer" l'art et la manière qui conviennent pour être heureux, la publicité nous rappelle sans cesse quels sont les produits qui nous manquent afin que nous soyons heureux car telle serait la norme pour être des gens heureux. Machines à laver dernier cri, voiture dernier modèle, destinations exotiques et tendance, dernier portable à la mode : si vous ne les avez pas ou si vous ne les avez pas fait, non vous n’êtes pas heureux !

Genèse de nos désirs et de nos insatisfactions

Et la société (de consommation) est ainsi faite : nous sommes abrutis par ces images de réussite éclatante, ces artistes qui cartonnent, ces starlettes ou ces bimbos de la mode que tout le monde s’arrache et envie, nous sommes plongés dans un monde où règne en maître show-business, rêve et envie « de réussir », avoir une maison superbe, un mari épatant, de nouvelles fringues ou de la lingerie sexy hype et tendance, la mode nous impose les nouveaux produits à se procurer à tout prix, nous impose la silhouette de rêve, le poids idéal. Et l’été qui approche n’arrange bien sûr pas les choses.

Les journaux, médias et publicitaires savent bien jouer sur nos envies et notre culpabilité : la norme dit qu’il faut avoir un corps de rêve, jeune, beau et musclé : comment faire pour se débarrasser de ces kilos superflus, de ce ventre trop arrondi, comment remédier à cette poitrine insuffisante ou au contraire complètement envahissante ? Cette frustration fait les beaux jours de la chirurgie esthétique. Il paraît que le bonheur n’a pas de prix, donc si une somme, même très importante peut apporter le bonheur, pourquoi hésiter ? Si notre insatisfaction d’avoir des seins trop petits ou un nez un peu tordu peut-être résolu, pourquoi se priver ? Et les insatisfaction sont nombreuses, heureusement que les régimes, les vitamines, les massages, la thalassothérapie ainsi que la chirurgie plastique peuvent venir à notre rescousse, ouf !

Malheureusement, nous ne serons jamais satisfait de ce que nous sommes maintenant, de ce que nous avons maintenant.. et de ce que nous n’avons pas. Pour nous rassurer, nous nous disons que le meilleur est à venir, que le bonheur viendra bientôt, un peu plus tard, il faut être patient. Ainsi l’enfant écolier attendra avec impatience le moment où il sera lycéen et étudiant, l’étudiant sera pressé d’en finir avec ses études et intégrer le monde professionnel, gagner de l’argent afin d’assouvir ses besoins et "améliorer son niveau de vie", posséder encore plus et toujours plus. Travailler, travailler encore plus afin de pouvoir satisfaire ces besoins .. et au bout de quelques années, attendre avec impatience la retraite afin de se reposer. Arrivé à ce stade là, prendre (ou obligé de prendre) enfin son temps … et regretter, penser avec nostalgie à sa vie, au fait qu’il n’ait pas pris le temps de vivre.

Toujours plus loin, plus vite et plus fort

« Nous vivons dans un monde impitoyable ou être le plus fort, le plus débrouillard, le plus malin, le plus intelligent, le plus rapide mais aussi le plus résistant est devenu une condition nécessaire, sinon suffisante, pour réussir ou plus simplement pour tenir » peut-on lire dans « 300 médicaments pour se surpasser intellectuellement et physiquement ». Oui mais à quel prix ? Le succès de ce livre, 100 000 exemplaires en un mois et l’augmentation dans le même temps de 30% de la consommation des anxiolytiques en dix ans démontre bien ce besoin d’échapper à ces limites que notre corps veut nous imposer : vive ces petites pilules magiques qui sont sensées nous rendre gais quand nous sommes tristes ou de nous faire nous sentir en pleine forme quand nous sommes fatigués ! Stress et fatigue ? Connais pas ! Quoiqu’il arrive, il faut montrer « bonne figure » en toutes circonstance, montrer aux autres que nous avons toutes les apparences du « bien être ». Quoiqu’il advienne, il faut courir, avancer, bouger, ne jamais s’arrêter ! Et tant pis pour ce maudit corps si celui-ci n’arrive pas à suivre et qu'il commence d'ailleurs à protester : sciatique, tendinite, blocages, insomnies, douleurs de dos, brûlures d’estomac, maux de tête, dépressions, spasmes vésiculaires ou coliques… Tant pis car, « désolé, j’ai pas le temps, on m'attend, faut que que je bouge ».

Apprendre le vrai désir .. et le bonheur

Et pourtant nous n’avons qu’une vie n’est-ce pas ? Pourquoi ne pas essayer d’accorder cette précieuse vie, autant que possible, au vrai rythme qui est le notre ? Pourquoi ne pas être à l’écoute de nos désirs et respecter les limites qu’avec l’expérience nous avons appris à connaître ? D’autant que l’hyperactivité n’est pas incompatible avec une certaine quiétude. Au contraire, dans le calme, il est possible d’affronter chaque situation avec la concentration et l’efficacité nécessaire, de prendre les décisions les unes à la suite des autres, la tête reposée et l’esprit clair. Dans ces conditions, les décisions s’imposent d’elles-mêmes, tant la distance qu’apporte la tranquillité laisse la place au sentiment d’évidence.

Si nous ne sommes pas tout entiers là où nous sommes, dispersés dans des mouvements de fuites incessants, inauthentiques dans nos sentiments comme dans nos actes, nous finissons par nous perdre de vue au point de ne plus savoir qui nous sommes, ni pourquoi nous y sommes. Et que ce soit dans une vision exagérément dramatique de notre vie ou au contraire dans un élan euphorique, ces voyages hors de nous même présentent le danger de nous faire perdre le sens de la réalité, et de nous entraîner si loin de nous que nous ne savons plus comment nous y retrouver ! "Qui suis-je ? où vais-je ? et dans quel état j'erre ?" D’autre part, toujours a la recherche de plaisirs créés artificiellement, nous nous mettons infailliblement dans un état de manque, en l’absence de cet élément extérieur dont nous sommes devenus dépendants, drogue, alcool, passions … deviennent notre lot quotidien ou parce-qu’il ne procure plus les mêmes effets, nous sommes dépossédés de nous-même, envahis par une impression permanente et douloureuse de vide et d’insatisfaction.

Nous avions l’illusion d’avoir atteint la perfection ; tout ce qui est en deçà, désormais, ne peut que nous décevoir. Et il faut alors trouver toujours autre chose pour donner du relief à notre vie, lutter par tous les moyens contre une pénible sensation de manque, de vide, d'inutilité. Et pourtant, à cette attitude boulimique qui consiste, sitôt avalé, à désirer que le repas se poursuive, ou sitôt fumée, la prise d’une autre cigarette, n’est-il pas préférable d’opposer une dégustation de chaque bouchée pour atteindre finalement un sentiment de satiété ? A quoi sert de répéter inlassablement quelque acte que ce soit, s’il ne doit jamais être apprécié dans ce qu’il offre à chaque instant ? Si la recherche du plaisir se rapproche d’un besoin boulimique, ce plaisir est déjà périmé dès lors qu’il est obtenu.

Il faut être à l’écoute de nos désirs pour nous offrir au quotidien le plus de satisfactions possible. Nous pouvons ainsi apprécier dans l’immédiat chaque acte pour ce qu’il est, être totalement présents et attentifs, ici et maintenant, à chaque moment de notre vie : seul le désir adapté à chaque instant donne la légèreté à nos pas et de la force à nos décisions.

Conclusion : le vrai bonheur se trouve ...

Nous devons être très vigilants pour ne pas toujours penser que le bonheur est « ailleurs », pour ne pas le rechercher dans quelque drogue (travail, amour, alcool, drogues) que ce soit, pour ne pas confondre l’image et la sensation . Ce qui représente pour nous une image de bonheur, nous sommes parfois incapable de la vivre avec la sensation du bonheur : un lieu de rêve, une situation depuis longtemps attendue, une réussite inespérée devraient nous rendre heureux, mais au contraire, notre corps ressent gêne, malaise, insatisfaction oppression ou même angoisse. Nous pouvons au contraire trouver dans ce qui peut apparaître objectivement banal, ce qui ne correspond à aucune image prédéterminée du bonheur, la jouissance pure d’un bien-être corporel. Et ces instants de bonheur nous apprennent l’existence de joies simples qu’il nous appartient de laisser s’exprimer dans des circonstances qui n’ont rien d’exceptionnel. « J’étais heureux de me promener comme si j’étais amoureux ; le même sentiment d’exaltation. Mais au moins ce sentiment ne dépendait que de moi ».

Vécus dans la plénitude pour ce qu’ils sont, ces instants peuvent désormais avoir une fin, puisque rien ne s’oppose à leur réapparition prochaine. Il ne devient plus insupportable de les perdre si nous sommes convaincus qu’ils ne nous échapperont pas à l’avenir, s’opposant ainsi à cette attitude boulimique que nous avions qui répondait à la peur de ne pas avoir, ou à celle de ne plus avoir. Au contraire, nous sommes sûrs de pouvoir revivre ces moments et chacun pourra  s’offrir ces moments d’exaltation où participe chaque cellule de son corps. Cet éveil, cette « présence à soi-même », cette intensité dans les plaisirs les plus simples doivent pour son bonheur quotidien être recherchés, créés et recréés au fil des jours.


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