La dépression : un cyclone ?
Une dépression, comme son nom l’indique, est un
affaissement, un effondrement. Lorsque la zone de mercure baisse dans
le baromètre, c’est qu’une zone
cyclonale, une «
dépression
» approche. De même, il arrive que,
précédé par un vent violent, un
cyclone passe sur nos vies. L’observateur
extérieur peut difficilement le comprendre. Notre (bonne)
«
humeur », notre dynamisme,
notre tonus physique et mental nous lâchent. Nous nous
retrouvons abattus, tristes, douloureux, dans
l’incapacité de faire quoi que ce soit, comme
chargés de lourdes chaînes. Ce n’est pas
une maladie «
nerveuse » au
sens strict du terme, comme l’epilepsie par exemple :
c’est pourquoi il vaut mieux éviter le terme de
dépression nerveuse. C’est plutôt un
état psychique, que nous allons essayer de mieux cerner dans
un premier temps afin de voir comment le contrôler, le
prévenir, le combattre.
Tout être humain a ses hauts et ses bas. Et c’est
normal. On ne peut pas demander à une personne qui vient de
perdre son travail, de rencontrer un échec, à
plus forte raison qui est frappée par un deuil,
d’être rayonnante de bonheur et
d’optimisme. Un état dépressif doit
donc être différencié d’une
période de peine, de tristesse dûment
motivée par un évènement
extérieur. On peut commencer à parler de
dépression lorsque :
- elle est vraiment intense
- elle dure plus longtemps que ne le voudrait un chagrin,
même non banal.
SYMPTÔMES
La dépression est constituée par un ensemble de
symptômes : tristesse ; sentiment
d’inutilité, de non-sens, de vide,
d’échec, d’impasse,
d’impuissance ; baisse de niveau
d’activité avec accroissement des efforts pour
accomplir ou se mettre à une tâche normale ;
difficulté de relation avec les autres,
irritabilité, sentiment de culpabilité
(objectivement anormal), d’indignité, impression
d’être rejeté, mal aimé ou
accablé ; troubles physiques enfin : fatigue, perte
d’appétit, de poids, de sommeil, diminution des
intérêts sexuels, douleurs diverses, de
tête, d’estomac, d’intestin. Il va sans
dire que la description précédente
n’est pas complète, d’une part (il
faudrait parler des pleurs, des angoisses, de perte de motivation, de
la dépréciation de la vie, des tendances
suicidaires, etc.), mais aussi, d’autre part, qu’il
n’est pas nécessaire de manifester tous ces
symptômes pour être un vrai dépressif.
Le fait marquant est certainement l’altération de
l’humeur (en grec phoros). L’individu en bonne
santé doit être légèrement
euphorique. Le signe le plus constant (mais quelquefois il est
«
masqué ») de la
dépression est son contraire : l’état
dysphorique.
DIVERS TYPES DE DEPRESSIONS
La dépression, c’est le «
rhumatisme
» de la psychiatrie. Cela veut dire que cette affection est
extrêmement répandue et variable mais aussi
qu’elle peut être tantôt
l’état de base du sujet, tantôt un des
aspects secondaires accompagnant n’importe quelle autre
maladie mentale.
Pour s’y retrouver un peu mieux, classons les divers types de
dépressions.
La première catégorie comprend les
dépressions dites endogènes, donc
d’origine interne, ou psychotiques. Endogènes
parce qu’elles ne paraissent pas être
liées à des facteurs extérieurs qui
les déclencheraient. Psychotiques parce-qu’elles
s’accompagnent d’idées
délirantes qui traduisent la perte du contact avec le
réel. Le mélancolique présente un
tableau caractéristique : ralentissement des
activités, douleur morale intense avec auto-accusation,
nombreux symptômes physiques (insomnie, migraine,
constipation, manque d’appétit) et surtout
conduites suicidaires. Celles-ci, loin d’être un
bluff, sont une très grande menace pour le malade et pour
son entourage, spécialement lorsque, le traitement
anti-dépresseur ayant levé
l’inhibition, un passage à l’acte est
à redouter. Elle nécessite
l’hospitalisation. Ce n’est en aucun cas le genre
de «
déprime » dont
nous traiterons ici.
Viennent ensuite les dépressions dites
névrotiques parce qu’elles se greffent sur une
personnalité fragile, anxieuse, présentant des
phobies, des conduites obsessionnelles ou des manifestations
spectaculaires, avec un début plus lent, plus insidieux.
La troisième grande catégorie concerne les
dépressions symptomatiques. Symptomatiques parce que cet
état ne constitue pas le fond de la maladie mais
plutôt un accident secondaire de parcours. Ce type de
dépression peut accompagner des affections très
variées : maladies mentales ou neurologiques, abus de
médicaments, de drogues (y compris alcool et
café), infections microbiennes ou virales.
Enfin il y a toute la cohorte des
dépressions/réactions – en un sens
normales mais devenues pathologiques par suite de leur
intensité ou de leur durée –
à tous les ennuis. Elles peuvent naître
à l’occasion d’un grand effort physique
ou intellectuel : examen, accouchement, stress de toutes sortes, gros
efforts professionnels, etc. Elles sont également
liées à la perte d’un objet
d’amour : être cher bien sûr, mais aussi
activité, projet, construction plus ou moins
idéale ou illusoire. C’est pour le sujet un
véritable deuil.
Il nous semble que cette dernière catégorie
correspond à ce que, dans le grand public, on appelle la
«
déprime », cette
zone de crépuscule psychologique où
l’on n’est pas franchement malade mais
où l’on n’est plus en bonne
santé : la carcasse ne veut plus suivre et grince, le moral
est au point mort.
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