L’ITINERAIRE PSYCHOLOGIQUE DE L’ANTIDEPRIME
Avec
les traitements de terrain et l’approche physiologique,
nous avons petit à petit quitté le domaine des
symptômes pour nous rapprocher d’un
thérapeutique plus profonde, plus causale. Sur un terrain
équilibré, dans un organisme physiologiquement
euphorique, la dépression aura du mal à prendre
racine.
Mais l’homme ne se réduit pas à un
corps, il est aussi une intériorité tout
à la fois intellectuelle, mentale, affective, spirituelle.
La santé totale a sa physiologie, elle a aussi sa
psychologie. Les deux aspects sont indissociables et
complémentaires.
Avec l’approche psychologique, on arrive plus près
encore des causes profondes de la déprime. Et si
l’on veut l’éviter ou la vaincre, il
faut apprendre a penser différemment, a se comporter
différemment.
Nous mentionnerons pour mémoire la
psychothérapie, qu’elle soit de type
comportementale ou analytique. Il peut être utile de
consulter un thérapeute dans ce domaine,
spécialement quand on ne se sent pas assez fort pour se
reprendre en main.
Voici quelques secteurs où chacun peut quelque chose, par
lui-même, pour changer sa vie.
Apprendre à ne pas se critiquer, a se
blâmer. C’est inutile, tout
d’abord parce que les autres s’en chargent
très bien, ensuite parce que ce n’est
même pas fécond pour nous permettre de progresser.
Bien sur, je ne vise pas ici une saine remise en question, un regard
lucide sur ses succès et ses échecs en vue
d’un diagnostic et d’un plan de travail plus
heureux.
Apprendre à ne pas s’apitoyer sur soi.
Apprendre a ne pas s’apitoyer
exagérément sur les autres. Si une
personne est accidentée sur le bord de la route, un individu
de sang-froid qui sait faire les bons gestes ou avertir sans perdre de
temps les pompiers ou les SAMU est beaucoup plus utile qu’un
autre dont le seul comportement serait les pleurs et le
désespoir.
Ramener les événements a leurs justes
proportions. Il existe, hélas ! dans notre monde,
des tragédies : des enfants qui meurent de faim, des
centaines, voire des milliers de personnes martyrisées,
assassinées, un être extrêmement cher
qui vous est enlevé, ce sont des drames. A cote de cela, nos
petits ennuis, en comparaison, font généralement
piètre figure.
Ne pas se culpabiliser (et ne pas apprendre aux
autres a le faire ). La encore, il faut distinguer le sens de la faute
et de la responsabilité, indispensable a tout
progrès moral, et le fait de se complaire dans une
rumination affective, non seulement stérile mais encore
destructeur. Pour les croyants j’ajouterai que
c’est du christianisme mal compris ; je pourrais
aisément leur faire une étude
théologique sur ce sujet, mais ce n’est pas ici le
lieu pour le faire.
Toutes ces conduites : critique, apitoiement, dramatisation,
culpabilisation, dont on nous a fait longtemps croire
qu’elles étaient «
de bon ton
», sont parmi les causes les plus fréquentes de
déprime.
Faire un travail de deuil. Lorsqu’un drame
nous frappe, passé un temps légitime de
désespoir où nous sommes comme
anesthésié, où nous voulons
être sourds et aveugles, il faut apprendre a regarder la
vérité en face. La première
étape vers la guérison consiste a
reconnaître la perte de cet objet d’amour, de cette
«
figure centrale ». Nous
entendons par là toute réalité
(personne, chose, idée, projet, habitude, etc.) qui
était un pilier, et peut-être même le
pilier de notre vie affective. Il faut tout d’abord mesurer
l’entendue du désastre, ensuite faire le travail
de deuil, c’est a dire rompre le lien avec l’objet
perdu, ou accepter que la rupture de ce lien soit effective dans les
faits extérieurs, ou soit consommé dans notre
vécu intérieur. Savoir que nous sommes
différents de cet objet, que nous avons le droit et le
devoir de nous distinguer de lui, de ne plus fusionner, pour survivre
dans un premier temps, pour vivre tout court ensuite.
La grande majorité de nos comportements sont appris
: la langue que nous parlons, la manière de marcher, de
courir, de travailler, et donc aussi la manière de sentir,
ressentir, penser. Il est toujours possible d’apprendre a
nous comporter différemment et d’être
d’une certaine manière maître des
événements au lieu d’en être
le jouet. Il me semble que la théorie de
l’apprentissage social et les thérapies qui en
dérivent ont beaucoup de choses positives a nous apprendre
dans ce domaine. A défaut d’exercices pratiques
que nous ne développerons pas ici, citons quand
même les grands poteaux indicateurs :
Se proposer des petits changements à sa
portée, se récompenser
lorsqu’on y arrive, s’offrir des petits plaisir, en
tenir un compte afin de mesurer les progrès.
Le programme physiologique (alimentation, exercice, relaxation) est
certainement un ensemble de points très positifs qui peuvent
s’intégrer a coté des
éléments plus psychologiques.
Définir le secteur ou le problème qui engendre sa
déprime. Eventuellement à l’aide
d’amis ou d’un psychothérapeute, mettre
au point une stratégie pour éliminer, vaincre ou
apprendre à moins tenir compte de cette
difficulté. Il faut réapprendre a
contrôler ses pensées et a penser de
manière positive.
Définir d’autres plans et
d’autres styles de vie, avec une organisation
permettant moins d’affrontements stressants, plus
d’occasions de joie, de succès, de satisfaction
(contacts sociaux, loisirs créatifs, actions altruistes,
engagement dans des taches enthousiasmantes, etc.)
On objectera que pour mettre en place tous ces dispositifs il faut
avoir une belle santé mentale et un certain tonus.
C’est vrai. C’est pourquoi, dans ce
domaine-là comme dans beaucoup d’autres, mieux
vaut prévenir que guérir. Une hygiène
physique et mentale peut faire obstacle à la
dépression. Mais l’expérience prouve
qu’une méthode psychophysiologique comme celle que
nous avons résumée, en fournissant un cadre et en
guidant les conduites du déprimé –
éventuellement à l’aide d’un
thérapeute -, permettra à celui-ci de ne plus se
débattre, et à s’épuiser
dans des efforts dispersés et maladroits.
L’approche purement physiologique comme l’approche
psychologique, à elles seules, sont souvent insuffisantes.
Mais, conjointes, elles aideront à retrouver rapidement
dynamisme et joie de vivre.
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